Économies massives dans le système de santé grâce aux médicaments génériques : un impact de plusieurs billions de dollars

Économies massives dans le système de santé grâce aux médicaments génériques : un impact de plusieurs billions de dollars

En 2024, les médicaments génériques et biosimilaires ont permis aux États-Unis d’économiser 467 milliards de dollars sur les dépenses de santé. C’est plus que le budget annuel de la plupart des pays européens. Ces économies ne sont pas un accident : elles sont le résultat d’une machine bien huilée, née il y a 40 ans, qui continue de générer des milliards chaque année. Et pourtant, beaucoup ne savent pas à quel point ces médicaments bon marché sont essentiels à la survie du système de santé.

Comment les génériques font autant d’économies ?

Les médicaments génériques ne sont pas des copies de basse qualité. Ce sont des versions identiques, sur le plan chimique et thérapeutique, des médicaments de marque. La différence ? Le prix. En 2024, 90,2 % des ordonnances aux États-Unis étaient pour des génériques - soit 3,9 milliards d’ordonnances. Pourtant, ces médicaments ne représentaient que 12 % du total des dépenses en médicaments sur ordonnance. Les médicaments de marque, qui ne concernaient que 10 % des ordonnances, ont coûté 700 milliards de dollars. Les génériques ? Seulement 98 milliards.

Ce n’est pas un hasard. C’est la loi Hatch-Waxman de 1984 qui a changé la donne. Elle a créé une voie rapide pour que les fabricants de génériques puissent entrer sur le marché dès que le brevet d’un médicament expirait. Pas besoin de refaire des essais cliniques coûteux : il suffit de prouver que le générique est biologiquement équivalent. Résultat ? Des dizaines de fabricants entrent en concurrence, et les prix s’effondrent. Pour certains médicaments, le prix chute de 95 % en quelques mois.

Les biosimilaires : la prochaine vague d’économies

Les médicaments biologiques - comme ceux pour le cancer, la polyarthrite ou le diabète - sont extrêmement coûteux. Ils sont fabriqués à partir de cellules vivantes, ce qui rend leur production complexe. Pendant des années, il n’y avait pas de solution bon marché. Jusqu’à l’arrivée des biosimilaires.

Ces médicaments ne sont pas identiques aux biologiques, mais ils sont très proches en structure et en effet. Le premier biosimilaire est arrivé aux États-Unis en 2015. Depuis, il a déjà généré 56,2 milliards de dollars d’économies. En 2024 seulement, il a épargné 20,2 milliards. Et ça ne fait que commencer. Les biosimilaires pourraient économiser 50 à 100 milliards de dollars supplémentaires dans les dix prochaines années, surtout pour les traitements les plus chers.

Qui gagne vraiment avec les génériques ?

Les patients, d’abord. En 2024, les utilisateurs de Medicare ont économisé 142 milliards de dollars grâce aux génériques. Ceux de Medicaid, 62,1 milliards. Pour un patient diabétique, passer d’un médicament de marque à son générique peut faire passer la facture mensuelle de 800 $ à 10 $. Sur Reddit, des milliers de personnes partagent leur expérience : « J’ai arrêté de choisir entre manger et prendre mes médicaments. »

Les assureurs et le gouvernement gagnent aussi. Les gestionnaires de prestations pharmaceutiques comme Express Scripts ont généré 18,3 milliards d’économies en 2023 en privilégiant les génériques dans leurs listes de médicaments couverts. Les entreprises qui offrent une couverture santé voient leurs primes stagner - ou baisser - grâce à ces économies.

Mais ce n’est pas tout. Les génériques permettent aussi de financer les innovations. Comme le dit le Dr A. Mark Fendrick : « Sans les économies des génériques, on ne pourrait pas se permettre les nouveaux traitements. »

Des patients avancent dans un couloir hospitalier, des flacons génériques émettent une lueur bleue tandis que des chaînes de brevets se transforment en pétales.

Les pièges qui empêchent les économies d’être maximales

Malgré ces chiffres impressionnants, le système est loin d’être parfait. Les grandes entreprises pharmaceutiques ont appris à contourner la loi. Elles utilisent des « épaisseurs de brevets » : au lieu d’un seul brevet, elles en déposent 10, 20, parfois plus, sur des variations mineures du médicament. Cela repousse l’arrivée des génériques de plusieurs années.

En 2024, une étude du JAMA Health Forum a montré que quatre médicaments seulement, bloqués par ces manœuvres, ont coûté au système plus de 3,5 milliards de dollars en deux ans. Ce sont des médicaments pour l’hypertension, le cholestérol ou la dépression - des traitements pris par des millions de personnes.

Autre piège : les « règlements de paiement pour retard » (pay-for-delay). Une entreprise de marque paie un fabricant de génériques pour qu’il n’entre pas sur le marché. Cela coûte 12 milliards de dollars par an aux patients et aux programmes publics. Et encore : les gestionnaires de prestations pharmaceutiques, au lieu de favoriser les génériques, parfois orientent les patients vers des médicaments de marque plus chers, simplement parce qu’ils reçoivent des commissions plus élevées.

Enfin, les exigences administratives ont augmenté de 47 % entre 2019 et 2023. Des autorisations préalables, des formulaires complexes, des restrictions inutiles… tout cela freine l’accès aux génériques, même quand ils sont disponibles.

Les États qui réussissent - et ceux qui traînent

Les économies varient énormément d’un État à l’autre. La Californie a économisé près de 38 milliards en 2023. L’Alaska, seulement 600 millions. Pourquoi ? Parce que certains États ont mis en place des lois strictes.

En Californie, les pharmaciens sont obligés de substituer un générique à un médicament de marque, sauf si le médecin l’interdit explicitement. Résultat : 98 % des ordonnances sont pour des génériques. Au Texas, où la substitution est facultative, le taux est de 87 %. La différence ? Des milliards d’économies perdues.

Le Maryland, le New York et le Massachusetts ont aussi adopté des lois similaires. Et ça marche. Les patients paient moins, les hôpitaux dépensent moins, les budgets de santé sont plus stables.

Vue aérienne d'une ville où des chemins verts représentent des économies de santé, un crane en étiquettes médicamenteuses vole vers le ciel.

Le futur : plus de génériques, mais aussi plus de menaces

En 2024, la FDA a approuvé 1 145 nouveaux génériques - une hausse de 7,3 % par rapport à 2023. Plus de 24 milliards de dollars de médicaments sont prêts à entrer sur le marché d’ici 2025. Ce sont des traitements pour l’insuffisance cardiaque, les troubles thyroïdiens, les maladies neurologiques… des médicaments qui coûtent aujourd’hui des centaines de dollars par mois.

Un projet de loi, S.1041, a été adopté en juin 2024 par le Sénat pour bloquer les abus de brevets. S’il devient loi, il pourrait générer 7,2 milliards de dollars d’économies par an.

Mais les menaces persistent. Les pénuries de médicaments touchent 287 génériques en décembre 2024. La production est de plus en plus concentrée : les 10 plus grands fabricants contrôlent maintenant 63 % du marché, contre 51 % en 2015. Et quand un seul fabricant domine un médicament, les prix remontent. C’est déjà arrivé avec des antibiotiques, des hormones et des médicaments pour l’épilepsie.

Que faire ? Ce que chaque patient peut faire

Vous n’avez pas besoin d’être un expert pour profiter des économies. Voici trois actions simples :

  1. Ask your doctor : « Est-ce qu’il existe un générique pour ce médicament ? » Même si votre médecin ne le propose pas, il peut le prescrire.
  2. Comparez les prix : un générique peut coûter 10 $ chez un pharmacien et 80 $ chez un autre. Utilisez des sites comme GoodRx pour trouver le meilleur prix.
  3. Ne laissez pas les PBMs vous imposer un médicament cher. Si votre assurance refuse de couvrir un générique, faites appel. Vous avez le droit de demander une dérogation.

Les génériques ne sont pas une solution parfaite. Mais ils sont la meilleure arme que nous ayons contre l’explosion des coûts de santé. Et ils fonctionnent - à condition qu’on les laisse fonctionner.

Les médicaments génériques sont-ils aussi efficaces que les médicaments de marque ?

Oui. Par définition légale, un générique doit contenir la même substance active, dans la même dose, et produire les mêmes effets thérapeutiques que le médicament de marque. L’Agence américaine des médicaments (FDA) exige des tests rigoureux avant d’approuver un générique. Des études indépendantes, comme celles de l’Institut de santé publique de l’Université de Californie, confirment que les taux d’efficacité et de sécurité sont identiques dans 99 % des cas. Certains patients rapportent des différences perçues, souvent liées à des excipients (composants non actifs) ou à des variations de forme, mais ces différences n’affectent pas l’effet médical.

Pourquoi certains génériques coûtent-ils plus cher que d’autres ?

Cela dépend de la concurrence. Si un seul fabricant produit un générique, il peut fixer un prix plus élevé. Mais dès qu’un deuxième fabricant entre sur le marché, les prix chutent. Par exemple, le générique du Lipitor (atorvastatine) coûtait 120 $ par mois quand il n’y avait qu’un seul fournisseur. Quand trois fabricants sont entrés, le prix est tombé à 10 $. C’est pourquoi il est utile de comparer les prix entre pharmacies. Les génériques ne sont pas tous égaux en prix - mais ils sont toujours bien moins chers que les médicaments de marque.

Les biosimilaires sont-ils sûrs pour les maladies chroniques comme le cancer ou la polyarthrite ?

Oui. Les biosimilaires sont rigoureusement testés pour prouver qu’ils produisent des résultats cliniques similaires aux médicaments biologiques d’origine. Des études sur des dizaines de milliers de patients atteints de cancer, de maladies auto-immunes ou de diabète ont montré qu’ils sont aussi sûrs et efficaces. La FDA n’approuve un biosimilaire que s’il n’y a pas de différence cliniquement significative. Depuis 2015, plus de 10 millions de patients aux États-Unis ont utilisé des biosimilaires sans hausse des effets secondaires. Leur adoption continue d’augmenter parce qu’ils fonctionnent - et qu’ils font économiser des milliards.

Pourquoi les génériques ne sont-ils pas toujours la première option dans les assurances ?

Parce que les gestionnaires de prestations pharmaceutiques (PBMs) sont payés en fonction des marges. Certains médicaments de marque offrent des remises ou des rebonds plus élevés aux PBMs que les génériques. Cela crée un conflit d’intérêts : l’assurance peut vous orienter vers un médicament plus cher, même si un générique équivalent existe. C’est pourquoi il est important de vérifier votre liste de médicaments couverts (formulary) et de demander une dérogation si vous voyez un générique moins cher. Vous avez le droit de choisir le traitement le plus abordable.

Quels sont les médicaments les plus économisés grâce aux génériques ?

Les 10 médicaments génériques les plus utilisés en 2024 ont généré 89,5 milliards de dollars d’économies. Parmi eux : l’atorvastatine (pour le cholestérol), la metformine (pour le diabète), l’amlodipine (pour l’hypertension), le levothyroxine (pour la thyroïde), et l’omeprazole (pour les brûlures d’estomac). Ces médicaments traitent des maladies chroniques qui touchent des millions de personnes. Leur coût annuel en version de marque pouvait dépasser 1 000 $ - en générique, il est souvent inférieur à 10 $.

3 Commentaires
  1. Alexandra Marie

    Les génériques, c’est la seule chose qui me permet de garder mes médicaments sans vendre un rein. J’ai vu des gens choisir entre manger et prendre leur traitement. Ce n’est pas une question de santé, c’est une question de survie. Et pourtant, certains veulent encore protéger les profits des labos.

  2. Jean-Pierre Buttet

    Le système américain est une farce. On paie des milliards pour des brevets bidon, alors qu’un générique, c’est juste de la chimie. La FDA n’a pas besoin de réinventer la roue. C’est une question de volonté politique - pas de science. Les États-Unis sont le seul pays développé où on accepte ce racket. Et vous, vous trouvez ça normal ?

  3. Dani Kappler

    bon je sais pas pourquoi on parle de ça comme si c’était une révolution… les génériques existent depuis les années 70… et pourtant on a toujours des gens qui croient qu’ils sont moins efficaces… c’est juste de la peur et de la désinformation…

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