Voyager à l'étranger sous anticoagulants : prévenir les thromboses et voyager en sécurité

Voyager à l'étranger sous anticoagulants : prévenir les thromboses et voyager en sécurité

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Partir en voyage à l'étranger quand on prend des anticoagulants n’est pas une interdiction, mais une préparation. Beaucoup pensent que les médicaments fluidifiants rendent les voyages impossibles. En réalité, ils permettent justement de voyager en sécurité - à condition de bien comprendre les risques et d’agir en conséquence. Le vrai danger, ce n’est pas l’avion ou le train, c’est l’immobilité prolongée combinée à une mauvaise gestion du traitement. Des millions de personnes dans le monde voyagent chaque année avec des anticoagulants, et la grande majorité le fait sans problème. Mais il faut savoir quoi faire avant, pendant et après le voyage.

Le risque de thrombose n’est pas ce que vous croyez

On parle souvent de « syndrome de la classe économique », comme si le siège étroit était la cause du caillot. Ce n’est pas vrai. Ce qui augmente vraiment le risque, c’est de rester assis sans bouger pendant plus de 4 heures. Que vous soyez en première classe ou en fond de caravane, si vous ne bougez pas, votre sang ralentit. Et quand il ralentit, il peut former un caillot dans les veines profondes des jambes : c’est la thrombose veineuse profonde (DVT). Ce caillot peut se détacher et remonter vers les poumons : c’est une embolie pulmonaire, une urgence médicale.

Les données du CDC (Centers for Disease Control and Prevention) de 2023 montrent que le risque absolu reste faible : environ 1 voyageur sur 4 656 développe une thrombose après un vol long-courrier - si il n’a aucun autre facteur de risque. Mais si vous avez déjà eu un caillot, si vous êtes diabétique, si vous avez plus de 40 ans, si vous êtes en surpoids (IMC ≥ 30), si vous avez eu une chirurgie récente, ou si vous suivez un traitement hormonal, votre risque peut monter à 1 sur 1 000. Et dans certains cas, il peut être encore plus élevé.

Les anticoagulants : votre allié, pas votre ennemi

Si vous prenez déjà un anticoagulant - que ce soit du warfarin, du rivaroxaban, de l’apixaban ou une héparine - vous êtes déjà protégé. Ce n’est pas la peine d’ajouter un autre médicament. L’American College of Chest Physicians (ACCP) le dit clairement : ne prenez pas d’aspirin ni d’anticoagulant supplémentaire pour voyager. Cela ne protège pas davantage, et ça augmente le risque de saignement. Ce que vous devez faire, c’est continuer votre traitement exactement comme d’habitude.

Les anticoagulants modernes, appelés DOAC (anticoagulants oraux directs), comme le rivaroxaban, sont idéaux pour les voyageurs. Ils agissent en 2 heures, ne nécessitent pas de contrôles sanguins réguliers, et ne réagissent pas avec les aliments. Le warfarin, lui, demande plus de préparation : il faut vérifier votre INR (taux de coagulation) 1 à 2 semaines avant de partir. Un INR entre 2,0 et 3,0 est généralement ciblé pour la plupart des patients. Si votre INR fluctue beaucoup, ou si vous partez plus de deux semaines, envisagez d’emporter un moniteur portable comme le Roche CoaguChek® Mobile. Il coûte environ 299 $, avec des bandelettes à 7,49 $ l’unité - un investissement qui peut vous éviter une hospitalisation à l’étranger.

Que faire avant de partir ?

  • Vérifiez votre traitement : Prenez rendez-vous avec votre médecin 3 à 4 semaines avant votre départ. Il vérifiera si votre dose est adaptée et si vous êtes stable.
  • Préparez vos médicaments : Emportez suffisamment de traitement pour toute la durée du voyage, plus quelques jours de plus. Mettez-les dans votre bagage à main, jamais en soute. Les températures extrêmes peuvent dégrader les médicaments.
  • Connaître la disponibilité : Certains DOAC, comme l’apixaban, ne sont pas disponibles dans 32 % des pays à revenu faible. Vérifiez si votre traitement est accessible à votre destination. Si ce n’est pas le cas, demandez à votre médecin une alternative.
  • Emportez des documents : Une liste complète de vos médicaments (nom, dose, fréquence), la date de votre dernier INR, et le numéro de téléphone de votre médecin. Si vous prenez du warfarin, apportez aussi votre dernière fiche de résultats.
  • Adaptez votre horaire : Si vous traversez plusieurs fuseaux horaires, prenez votre dose à la même heure de la journée (par exemple, à 18h, heure locale), pas à la même heure de votre routine habituelle. Cela évite les oublis ou les doubles prises.
Un voyageur marche dans l'allée d'un avion, entouré de passagers endormis, une lumière douce souligne son mouvement.

Pendant le voyage : bougez, hydratez, protégez

Voici les 3 règles d’or pour éviter les caillots pendant un trajet :

  1. Bougez régulièrement : Levez-vous et marchez dans le couloir toutes les 2 à 3 heures. Si vous êtes en train ou en voiture, faites des pauses de 10 minutes toutes les 2 heures. En avion, faites des exercices simples assis : pliez et dépliez les pieds, roulez les chevilles, serrez les mollets. Faites ça toutes les 30 minutes.
  2. Hydratez-vous bien : Buvez de l’eau. Beaucoup d’eau. Évitez l’alcool, les sodas sucrés et le café en excès. La déshydratation épaissit le sang - et ça augmente le risque de caillot. Visez 250 ml toutes les heures en vol.
  3. Portez des bas de compression : Si vous avez un ou plusieurs facteurs de risque (âge, surpoids, antécédents de caillot, cancer…), portez des bas de compression de classe 15-30 mmHg. Ils doivent être bien ajustés, pas trop serrés, et portés dès le départ. Ils ne sont pas un luxe : ils sont une protection essentielle.

Privilégiez un siège près du couloir. C’est plus facile de se lever. Évitez de croiser les jambes. Ne dormez pas toute la durée du voyage sans bouger.

Les signaux d’alerte : ne les ignorez pas

Un caillot ne se manifeste pas toujours pendant le voyage. Il peut apparaître jusqu’à huit semaines après votre retour. Apprenez à reconnaître les signes :

  • Une enflure d’une seule jambe (surtout au mollet) - c’est le signe le plus courant (72 % des cas de DVT).
  • Une douleur au mollet qui s’aggrave en marchant ou en tendant le pied.
  • Une respiration soudaine difficile, surtout si elle s’aggrave en inspirant profondément.
  • Une douleur thoracique qui ressemble à une crampe, pas à un mal de cœur.
  • Des saignements inhabituels : saignement de nez qui ne s’arrête pas, urine rouge, selles noires, ecchymoses importantes sans raison.

Si vous avez l’un de ces symptômes, allez immédiatement aux urgences. Ne perdez pas de temps. Dans un pays étranger, gardez les coordonnées de votre médecin et un numéro d’urgence local. Savez-vous que le 112 fonctionne dans toute l’Union européenne ?

Les différences entre les anticoagulants : ce que vous devez savoir

Pas tous les anticoagulants sont égaux pour les voyages. Voici ce que vous devez connaître :

Comparaison des anticoagulants pour les voyageurs
Anticoagulant Temps d’action Contrôle sanguin Stockage Coût (30 comprimés) Avantages pour les voyageurs
Rivaroxaban (DOAC) 2 heures Aucun À température ambiante ~575 $ Prise orale, pas de contrôles, stable
Apixaban (DOAC) 3 heures Aucun À température ambiante ~550 $ Moins d’interactions, faible risque de saignement
Warfarin (VKA) 4 à 5 jours INR chaque 1-4 semaines À température ambiante ~4 $ Très bon marché, mais nécessite surveillance
Dalteparine (LMWH) 1 à 2 heures (injection) Parfois Réfrigération obligatoire ~400 $ (pour 5 seringues) Effet rapide, mais nécessite injection et froid

Si vous êtes à haut risque (cancer, chirurgie récente, antécédent de caillot non provoqué), certains médecins recommandent une dose prophylactique de rivaroxaban 10 mg, prise 1 à 2 heures avant le départ. Mais cette pratique reste controversée et ne doit être envisagée que sous surveillance médicale.

Un voyageur sur un quai de train au crépuscule, pose la main sur sa jambe, une lueur bleue subtile rappelle la vigilance après un voyage.

Après le voyage : la surveillance continue

Vous êtes rentré ? Ce n’est pas fini. Les caillots peuvent se former jusqu’à 8 semaines après un voyage long. Continuez à surveiller vos jambes. Si vous avez une enflure, une douleur, ou une respiration sifflante, consultez. Ne pensez pas que c’est « juste de la fatigue ».

Si vous prenez du warfarin, programmez un contrôle INR 1 à 2 semaines après votre retour. Si vous avez eu des complications pendant le voyage, parlez-en à votre médecin - même si tout semble normal. Votre traitement peut nécessiter un ajustement.

Que faire si vous avez récemment eu un caillot ?

Vous avez eu une thrombose ou une embolie pulmonaire il y a moins de 4 semaines ? Le Centre universitaire de Cambridge recommande d’éviter les voyages longs. Mais l’IATA (Association internationale du transport aérien) dit qu’il est possible de voyager dès que vous êtes asymptomatique et stable sur traitement. Il n’y a pas de délai fixe. Cette contradiction crée de la confusion. La règle la plus sûre : attendez au moins 4 semaines après le diagnostic, et consultez votre médecin. Il évaluera votre risque de récidive - et non pas seulement votre état actuel.

Les patients avec un caillot non provoqué (sans cause claire) ont 30 % de risque de récidive dans les années à venir. Votre traitement n’est pas une pause : c’est une protection continue. Arrêter vos anticoagulants, même pour quelques jours, rend votre sang plus « collant » que jamais. Comme le dit la chirurgienne Susan Coogan : « Si vous sautez une dose, votre sang peut devenir PLUS coagulant. »

Puis-je voyager en avion après un caillot récent ?

Oui, mais seulement si vous êtes asymptomatique et stable sur traitement anticoagulant depuis au moins 4 semaines. Consultez toujours votre médecin avant de réserver. L’IATA autorise le voyage dès que la condition est stable, mais les recommandations médicales suggèrent d’attendre 4 semaines pour minimiser les risques de récidive. Les voyages courts (moins de 4 heures) sont généralement considérés comme moins risqués.

Faut-il arrêter ses anticoagulants avant un voyage ?

Non, jamais. Arrêter vos anticoagulants, même pour quelques jours, augmente considérablement le risque de caillot. Les médicaments doivent être pris sans interruption. Si vous avez peur des saignements, parlez-en à votre médecin. Il peut ajuster votre traitement, mais il ne doit pas l’arrêter.

Les bas de compression sont-ils vraiment utiles ?

Oui, surtout si vous avez un ou plusieurs facteurs de risque : âge > 40 ans, surpoids, antécédents de caillot, cancer, chirurgie récente. Les bas de compression de 15-30 mmHg aident à maintenir la circulation veineuse. Ils ne sont pas un luxe : ils sont une mesure de prévention validée par l’ACCP et le CDC. Assurez-vous qu’ils sont bien ajustés - trop serrés, ils peuvent être dangereux.

Puis-je prendre de l’aspirin pour prévenir un caillot pendant le voyage ?

Non. L’ACCP et l’ASH déconseillent fortement l’aspirin pour prévenir les caillots chez les personnes déjà sous anticoagulation. L’aspirin n’est pas efficace dans ce cas, et il augmente le risque de saignement. Votre traitement actuel est suffisant - ajouter un autre médicament est inutile et dangereux.

Quels médicaments anticoagulants sont les plus adaptés pour voyager ?

Les DOAC comme le rivaroxaban ou l’apixaban sont les meilleurs choix. Ils agissent rapidement, n’ont pas besoin de contrôles sanguins, et se conservent à température ambiante. Le warfarin est bon marché mais exige des contrôles d’INR réguliers. L’héparine injectable (LMWH) est efficace mais nécessite un réfrigérateur - peu pratique pour un voyage long. Si vous partez dans un pays où les DOAC ne sont pas disponibles, discutez avec votre médecin d’une alternative avant de partir.

Prochaines étapes : votre plan de voyage

Voici comment organiser votre voyage en 5 étapes simples :

  1. Consultez votre médecin 3 à 4 semaines avant le départ.
  2. Vérifiez votre traitement : dose, disponibilité à l’étranger, besoin de moniteur INR.
  3. Emportez tout : médicaments, documents, bas de compression, eau, snacks.
  4. Bougez et hydratez pendant le trajet - toutes les 2 à 3 heures.
  5. Surveillez votre corps après le retour : 8 semaines de vigilance après un long voyage.

Vous avez le droit de voyager. Vous avez le droit d’être en sécurité. Ce n’est pas une question de chance - c’est une question de préparation. Et avec les bons gestes, vous pouvez traverser le monde sans peur.