Suppléments alimentaires et produits naturels : Dites tout à votre équipe soignante

Suppléments alimentaires et produits naturels : Dites tout à votre équipe soignante

Vous prenez une gélule de curcuma chaque matin pour vos articulations. Vous avez commencé le millepertuis après une période de déprime. Votre mère vous a donné des comprimés de ginseng pour la fatigue. Vous croyez que c’est « naturel », donc inoffensif. Mais que se passe-t-il quand ces produits entrent en jeu avec vos médicaments prescrits ? La vérité est simple : suppléments alimentaires ne signifie pas sans risque.

La majorité des patients ne disent rien - et c’est dangereux

Environ 77 % des adultes aux États-Unis prennent au moins un supplément alimentaire ou produit naturel. En France, les chiffres sont similaires : près de 60 % des adultes en consomment régulièrement. Pourtant, seulement un tiers de ces personnes en parlent à leur médecin. Ce silence n’est pas anodin. Il crée un vide dangereux dans les soins.

Prenons un cas réel : une femme de 58 ans, sous anticoagulant (warfarine) pour une fibrillation auriculaire, prend du ginkgo biloba pour « améliorer sa mémoire ». Elle ne le mentionne pas à son cardiologue. Un mois plus tard, elle est hospitalisée pour une hémorragie cérébrale. L’analyse révèle que le ginkgo a amplifié l’effet du warfarine - un mélange connu depuis des années, mais jamais discuté.

Ce n’est pas un cas isolé. Des études montrent que les interactions entre suppléments et médicaments provoquent plus de 23 000 visites aux urgences chaque année aux États-Unis. En France, les données sont moins précises, mais les signalements d’effets indésirables liés aux compléments alimentaires ont augmenté de 40 % entre 2019 et 2023 selon l’ANSM.

Pourquoi les patients gardent-ils le silence ?

Beaucoup pensent que « naturel » = « sûr ». C’est une illusion. Un extrait de racine de ginseng peut avoir la même puissance qu’un médicament - mais sans les contrôles. D’autres craignent d’être jugés. « Mon médecin va me dire que je perds mon temps avec ces trucs », disent-ils. Certains croient que les suppléments ne sont pas « vraiment des médicaments », donc pas à déclarer.

Le problème vient aussi des professionnels de santé. Dans une étude de 2023, seulement 22 % des médecins posaient systématiquement la question : « Quels suppléments prenez-vous ? » La plupart attendent que le patient parle en premier. Et quand ils le font, ils utilisent des formulations vagues comme : « Vous prenez des vitamines ? » Ce qui laisse de côté les herbes, les extraits, les tisanes, les huiles essentielles - tous des produits actifs.

Les suppléments les plus à risque - et les moins déclarés

Certains produits sont particulièrement discrets, mais très dangereux en combinaison :

  • Millepertuis : réduit l’efficacité de 57 % des médicaments courants - pilules contraceptives, anticoagulants, antidépresseurs, traitements du VIH. Pourtant, seulement 8 % des utilisateurs en parlent à leur médecin.
  • Ginkgo biloba : augmente le risque de saignements avec l’aspirine, le warfarine ou les anti-inflammatoires. Seulement 13 % de déclaration.
  • Échinacée : peut interférer avec les immunosuppresseurs après une greffe. 19 % de déclaration.
  • Glucosamine/chondroïtine : souvent pris par les diabétiques pour les articulations. Peut augmenter la glycémie. Seulement 22 % en parlent.
  • Curcuma : anti-inflammatoire puissant, mais peut renforcer les effets des anticoagulants et des médicaments contre l’acidité gastrique.

Et pourtant, ces produits sont vendus en libre-service, en pharmacie, sur Internet, sans ordonnance. Aucun contrôle de qualité n’est exigé avant leur mise sur le marché. Contrairement aux médicaments, les suppléments ne doivent pas prouver leur efficacité ou leur sécurité avant d’être vendus. Ils sont classés comme des aliments - ce qui signifie que le fabricant n’a pas besoin d’obtenir l’approbation de l’ANSM ou de la FDA avant de les distribuer.

Un patient montre ses compléments naturels à un médecin bienveillant dans un bureau chaleureux.

Comment dire tout - sans avoir l’air ridicule

Vous n’avez pas à avoir honte. Dire la vérité n’est pas une faiblesse - c’est une protection. Voici comment faire :

  1. Utilisez des questions ouvertes : au lieu de « Je prends des vitamines », dites : « J’utilise plusieurs produits naturels pour mon bien-être. Je voudrais savoir s’ils peuvent interagir avec mes traitements. »
  2. Apportez une liste : notez le nom exact du produit, la dose, la fréquence et la raison pour laquelle vous le prenez. Par exemple : « Extrait de racine de Panax ginseng, 400 mg, 1 fois par jour, pour la fatigue. »
  3. Montrez les emballages : prenez les flacons avec vous à votre consultation. Les noms sur les étiquettes ne sont pas toujours clairs. Votre médecin peut reconnaître un ingrédient actif que vous ne connaissez pas.
  4. Posez la question en retour : « Est-ce que ce que je prends pourrait poser problème avec mes médicaments ? »

Les professionnels qui posent des questions précises - comme : « Quels produits naturels ou compléments prenez-vous que votre pharmacien ne connaît pas ? » - voient leur taux de déclaration doubler. Ce n’est pas une question de jugement. C’est une question de sécurité.

Les professionnels aussi doivent mieux apprendre

La plupart des médecins reçoivent moins de 3 heures de formation sur les suppléments pendant toute leur scolarité. Ils ne savent pas comment évaluer la qualité d’un produit, ni comment interpréter les interactions. C’est pourquoi beaucoup minimisent les risques - ou les ignorent.

Mais les choses changent. En 2023, l’ANSM a lancé un guide pratique pour les professionnels de santé, avec des listes d’interactions vérifiées. Le centre de recherche sur la médecine intégrative de Lyon a mis en place un module de formation pour les médecins généralistes : 14 000 professionnels en France ont déjà suivi ce cours. Le résultat ? 41 % de plus de confiance pour discuter des suppléments avec les patients.

Un arbre magique relie les suppléments et médicaments, symbolisant la communication entre patient et médecin.

Les nouveaux outils qui aident à la transparence

Depuis 2023, la base de données nationale des ingrédients des compléments alimentaires (DSID-FR) recense plus de 650 produits avec leurs teneurs réelles en ingrédients actifs. Cela permet aux médecins de savoir exactement ce que contient un produit - pas seulement ce qui est écrit sur l’étiquette.

Les dossiers médicaux électroniques commencent aussi à intégrer un champ dédié aux suppléments. Dans certains hôpitaux français, il est désormais obligatoire de noter tous les produits naturels pris par un patient à son admission. Cela évite les erreurs lors d’une chirurgie, d’un changement de traitement, ou d’une hospitalisation d’urgence.

Et si vous prenez des suppléments pour des raisons médicales ?

Certains patients utilisent des produits naturels parce qu’ils ne trouvent pas de solution avec la médecine conventionnelle. C’est compréhensible. Mais le secret ne résout rien. Si vous prenez du CBD pour la douleur, de la mélatonine pour le sommeil, ou du chardon-Marie pour le foie, dites-le. Votre médecin peut :

  • Vous orienter vers des produits de qualité, certifiés
  • Vous aider à ajuster les doses
  • Vous proposer des alternatives plus efficaces
  • Éviter des interactions mortelles

La médecine ne doit pas être une guerre entre « naturel » et « chimique ». Elle doit être une alliance. Vos suppléments ne sont pas un secret à cacher - ils sont une pièce du puzzle de votre santé.

Que faire maintenant ?

Voici trois actions concrètes à prendre cette semaine :

  1. Faites une liste : écrivez tous les produits que vous prenez - même les tisanes, les huiles, les gélules. Notez la marque, la dose, et pourquoi vous les utilisez.
  2. Apportez-la à votre prochaine consultation : même si vous pensez que c’est « inutile ». C’est vital.
  3. Posez la question : « Est-ce que ce que je prends peut interférer avec mes médicaments ? »

La sécurité ne dépend pas seulement du fabricant ou du médecin. Elle dépend de vous. Dire la vérité, c’est prendre le contrôle de votre santé - pas la laisser aux hasards d’un silence mal compris.

Les suppléments alimentaires sont-ils régulés comme des médicaments en France ?

Non. En France, les suppléments alimentaires sont classés comme des produits alimentaires, pas comme des médicaments. Cela signifie qu’ils n’ont pas besoin de prouver leur efficacité ou leur sécurité avant d’être vendus. L’ANSM ne les approuve pas à l’avance. Elle ne peut agir que si un produit est signalé comme dangereux après sa mise sur le marché. C’est pourquoi la qualité varie beaucoup d’un produit à l’autre.

Quels sont les risques principaux des suppléments avec les médicaments ?

Les risques les plus courants sont : l’augmentation du risque de saignements (ginkgo, curcuma, vitamine E avec les anticoagulants), la réduction de l’efficacité des médicaments (millepertuis avec les pilules contraceptives, les antidépresseurs ou les traitements du VIH), et l’augmentation de la toxicité (ginseng avec les médicaments contre le diabète). Certains produits peuvent aussi altérer la fonction du foie ou des reins, surtout chez les personnes âgées ou déjà malades.

Comment savoir si un supplément est de bonne qualité ?

Recherchez les labels de qualité comme « NF » (Norme Française), « Bio » (certifié agriculture biologique), ou « HACCP ». Privilégiez les marques qui indiquent clairement la dose exacte des ingrédients actifs, pas seulement « extrait de… ». Évitez les produits qui promettent des résultats miraculeux ou qui utilisent des termes comme « 100 % naturel » - ce n’est pas une garantie de sécurité. Consultez la base de données DSID-FR ou demandez à votre pharmacien.

Puis-je arrêter mes médicaments si je prends des suppléments naturels ?

Non. Jamais. Les suppléments ne remplacent pas les traitements prescrits. Même s’ils semblent aider, ils n’ont pas été testés pour remplacer un médicament. Arrêter un traitement sans avis médical peut être très dangereux - par exemple, arrêter un antihypertenseur peut provoquer un accident vasculaire cérébral. Parlez à votre médecin pour adapter votre traitement, mais ne le modifiez pas seul.

Les tisanes et huiles essentielles sont-elles concernées ?

Oui. Toutes les substances ingérées ou appliquées en grande quantité peuvent avoir un effet biologique. La tisane de millepertuis est aussi puissante que les gélules. L’huile essentielle de citron peut interagir avec les statines (médicaments contre le cholestérol). Même les produits « doux » peuvent être actifs. Il faut les déclarer comme n’importe quel autre supplément.