Suivi des numéros de lot : comment la FDA identifie les lots défectueux

Suivi des numéros de lot : comment la FDA identifie les lots défectueux

Quand une épidémie de maladies d’origine alimentaire frappe, chaque heure compte. La FDA ne peut pas attendre des semaines pour retrouver la source d’un produit contaminé. C’est là que le numéro de lot devient essentiel. Depuis 2022, la Food and Drug Administration a mis en place un système rigoureux appelé Traceability Lot Code (TLC) - un code unique qui suit chaque lot de nourriture à haut risque depuis sa production jusqu’à son emballage final. Ce n’est pas juste un numéro sur un emballage. C’est un lien vivant dans la chaîne d’approvisionnement, capable de révéler en quelques heures où un produit a été contaminé - et à qui il a été vendu.

Comment fonctionne le système de traçabilité par numéro de lot ?

Le TLC n’est pas une invention de dernière minute. Il est né de la Loi sur la modernisation de la sécurité alimentaire (FSMA), plus précisément de la Section 204, adoptée pour réparer les failles du système précédent. Avant, les enquêteurs devaient passer des jours à croiser des factures, des bons de livraison et des registres manuels. Aujourd’hui, chaque fois qu’un aliment de la Food Traceability List (FTL) est emballé pour la première fois, transformé ou reçu à terre (pour les produits de la mer), un code unique est attribué. Ce code, souvent alphanumérique, est fixé à ce moment-là et doit rester inchangé jusqu’à la prochaine étape de transformation. Si un lot de laitue est emballé dans un entrepôt du Nebraska, ce lot reçoit un TLC. S’il est ensuite mélangé avec d’autres pour créer une salade prête à l’emploi, un nouveau TLC est créé - mais il doit faire le lien avec l’ancien. C’est comme une chaîne de traceurs : chaque maillon garde une copie du précédent.

Le TLC ne fonctionne pas seul. Il est lié à sept autres éléments clés : l’endroit où il a été attribué, la description du produit, la quantité, l’unité de mesure, les informations de transaction, le nom de l’entreprise et la date. Tous ces détails doivent être enregistrés et, si la FDA le demande, transmis dans les 24 heures. Ce n’est pas une suggestion. C’est une exigence légale pour les 15 000 installations qui traitent les aliments de la FTL.

Quels aliments sont concernés ?

Le système ne couvre pas tout. Il cible les aliments les plus à risque. La liste inclut les légumes-feuilles (laitue, épinards), les tomates, les oignons, les fruits et légumes frais coupés, certains fromages, les œufs, les beurres de noix, et certains produits de la mer. Ensemble, ces aliments représentent environ 15 % du volume alimentaire américain. Ce n’est pas un hasard. Ces produits sont souvent consommés crus, traités dans de nombreux endroits différents, et ont déjà été à l’origine de nombreuses épidémies. Par exemple, une contamination par E. coli dans des épinards en 2006 a touché plus de 200 personnes dans 26 États. Sans TLC, il a fallu plus de trois semaines pour retrouver la ferme responsable. Aujourd’hui, la même enquête pourrait prendre moins de 48 heures.

Ce choix ciblé est stratégique. Imposer la traçabilité à tous les aliments serait trop lourd pour les petites exploitations. En se concentrant sur les produits les plus dangereux, la FDA maximise l’impact avec un coût raisonnable. Mais certains critiques disent que la liste est trop courte. Les melons, par exemple, sont absents - pourtant ils ont été impliqués dans des épidémies de Salmonella. La FDA a annoncé en mai 2023 qu’elle examinait l’ajout de certains aliments prêts à l’emploi et de melons à la liste. Une décision devrait être prise en 2025.

La différence entre ancien et nouveau système

Anciennement, les entreprises utilisaient leurs propres codes de lot, souvent internes et non standardisés. Un code de lot chez un producteur n’était pas forcément compris par le distributeur ou le détaillant. Le TLC change tout. Il n’est plus un outil interne de qualité, mais un langage universel pour toute la chaîne. Il est obligatoire, il est traçable, et il est partagé. Une entreprise ne peut plus simplement dire : « On a un code, mais on ne le transmet pas. »

Le TLC est aussi différent du système de traçabilité des médicaments (DSCSA). Là-bas, chaque pilule ou injection a un numéro unique. Ici, c’est par lot - un lot peut contenir des milliers d’unités. C’est plus pratique, plus réaliste pour les aliments, et plus économique. Mais cela pose aussi un défi : si un lot entier est contaminé, tout le lot doit être retiré, même si seulement une partie est à l’origine du problème. La FDA est consciente de cela et travaille à améliorer la précision des données pour réduire les retraits inutiles.

Un atelier de transformation alimentaire où des codes de lot lumineux relient les étapes de la chaîne, dans un style doux et détaillé inspiré de Ghibli.

Comment les entreprises s’adaptent-elles ?

Les grandes entreprises comme Walmart ou Kroger avaient déjà mis en place des systèmes de traçabilité basés sur la blockchain depuis 2019. Pour elles, l’adoption du TLC a été une simple extension. Mais pour les petites exploitations, c’est une autre histoire. Une enquête de 2023 montre que 65 % des entreprises ont eu des difficultés à intégrer le TLC dans leurs systèmes anciens. Les coûts moyens d’adaptation s’élèvent à 42 500 $ par entreprise. Certains ont dû acheter de nouveaux logiciels, d’autres ont dû former tout leur personnel. La FDA propose des modules de formation gratuits et un programme d’aide technique pour les petites entreprises. En janvier 2023, elle a lancé le « Traceability Assistance Program » pour les exploitations agricoles de taille modeste.

La plupart des entreprises utilisent trois approches : modifier leur système ERP existant (72 %), acheter un logiciel spécialisé (21 %), ou gérer manuellement les données (7 %). Les plus petits acteurs ont souvent recours à des feuilles Excel ou à des applications simples. Le plus grand défi ? Faire en sorte que tous les partenaires de la chaîne - des fermes aux transporteurs - utilisent le même code et le transmettent correctement. 71 % des entreprises déclarent avoir eu des problèmes avec la cohérence de la traçabilité à travers la chaîne.

Les avantages réels : moins de maladies, moins de pertes

Le TLC n’est pas qu’un outil bureaucratique. Il sauve des vies. Selon les estimations de la FDA, ce système pourrait réduire les épidémies alimentaires de 20 à 30 %. Dans un pays où 48 millions de personnes tombent malades chaque année à cause de la nourriture, ce chiffre est énorme. Les économies sont aussi importantes. Les retraits de produits coûtaient jusqu’à 10 millions de dollars par incident. Avec un système rapide, les retraits sont plus ciblés, les pertes réduites, et la confiance des consommateurs préservée.

Les entreprises qui adoptent le TLC voient aussi des bénéfices indirects : meilleure gestion des stocks, réduction des erreurs de livraison, et une meilleure relation avec les détaillants. Walmart exige déjà la traçabilité pour ses légumes-feuilles. Si vous ne pouvez pas fournir un TLC valide, vous n’êtes pas accepté comme fournisseur. Ce n’est plus un choix. C’est une condition d’accès au marché.

Une enquêtrice de la FDA consulte une carte lumineuse qui trace une épidémie jusqu'à une ferme, dans une ambiance pluvieuse et poétique.

Les défis et les critiques

Malgré son potentiel, le système n’est pas parfait. Certains industriels dénoncent le « double codage » : ils doivent maintenir leur code interne ET le TLC. La FDA a répondu : si votre code interne répond aux exigences, il peut servir de TLC. Pas besoin de deux codes. Mais dans la pratique, beaucoup continuent à les garder séparés par peur de confusion.

Un autre problème : les données sont parfois isolées. Si chaque entreprise utilise un format différent, même si le TLC est présent, il est difficile de les relier. Le FDA travaille à définir des formats électroniques standardisés d’ici mi-2024. Sans cela, les TLC risquent de rester des îlots de données, incapables de parler entre eux.

Enfin, l’harmonisation internationale est un défi majeur. L’Union européenne a lancé son propre système, le « Digital Product Passport », avec des normes différentes. Pour les entreprises qui exportent, cela signifie deux systèmes à gérer. La FDA a déjà organisé des réunions avec les régulateurs européens pour essayer de converger - mais cela prendra des années.

Quel avenir pour la traçabilité alimentaire ?

Le TLC n’est qu’un premier pas. La FDA prévoit d’étendre la liste des aliments concernés, d’intégrer des capteurs IoT pour suivre la température des produits en transit, et peut-être d’utiliser la blockchain pour rendre les données encore plus fiables. En 2023, le Congrès a alloué 25 millions de dollars pour aider les petites exploitations à se conformer. Ce n’est pas une dépense. C’est un investissement dans la sécurité publique.

Le système a été repoussé à juillet 2028 pour permettre plus de temps aux entreprises. Ce n’est pas un échec. C’est une reconnaissance du terrain. La traçabilité ne se décrète pas. Elle s’adapte. Et chaque lot qui passe, chaque code qui est enregistré, chaque épidémie évitée, c’est un pas de plus vers une alimentation plus sûre pour tous.

Qu’est-ce qu’un numéro de lot (TLC) dans le contexte de la FDA ?

Un numéro de lot (Traceability Lot Code ou TLC) est un code unique, souvent alphanumérique, attribué à un lot spécifique d’aliments à haut risque lors de points clés de la chaîne d’approvisionnement (emballage initial, transformation, réception à terre). Il permet de relier ce lot à ses données de traçabilité - lieu, quantité, date, entreprise - et de le suivre à travers toute la chaîne. Il est obligatoire pour les aliments listés dans la Food Traceability List (FTL) et doit être transmis à la FDA dans les 24 heures en cas d’enquête.

Quels aliments sont concernés par le système de traçabilité de la FDA ?

La Food Traceability List (FTL) inclut les aliments les plus à risque : légumes-feuilles (laitue, épinards), tomates, oignons, fruits et légumes frais coupés, certains fromages, œufs, beurres de noix, et certains produits de la mer. Ces aliments représentent environ 15 % du volume alimentaire américain et sont à l’origine de la majorité des épidémies d’origine alimentaire. La FDA envisage d’ajouter d’autres produits comme les melons et les aliments prêts à l’emploi dans les prochaines années.

Quand les entreprises doivent-elles se conformer au TLC ?

La date initiale de conformité était fixée au 20 janvier 2026. Cependant, la FDA a proposé une extension de 30 mois, reportant la date limite au 20 juillet 2028. Cette décision, annoncée en septembre 2023, vise à donner plus de temps aux petites entreprises pour adapter leurs systèmes. Les grandes entreprises ayant déjà des systèmes avancés (comme Walmart) sont souvent déjà conformes.

Pourquoi la FDA ne traçait-elle pas les aliments avant le TLC ?

Avant le TLC, les codes de lot étaient volontaires, internes et non standardisés. Les entreprises utilisaient leurs propres systèmes, souvent incompatibles entre eux. Lors d’une épidémie, les enquêteurs devaient « suivre l’argent » - croiser des documents manuels, des factures, des registres épars. Cela prenait des semaines, voire des mois. Le TLC crée un langage commun et obligatoire, permettant de retrouver la source en quelques heures au lieu de plusieurs semaines.

Le TLC est-il obligatoire pour toutes les entreprises ?

Non. Le TLC est obligatoire uniquement pour les entreprises qui fabriquent, transforment, emballent ou détiennent des aliments listés sur la Food Traceability List (FTL). Cela concerne environ 15 000 installations aux États-Unis, soit 15 % du volume alimentaire. Les petites exploitations agricoles ou les détaillants qui ne traitent pas ces produits ne sont pas directement concernés, bien qu’ils puissent être touchés indirectement si leurs fournisseurs ne sont pas conformes.